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 Un fondateur de « Jeune Nation » parmi nous: Rock Tousignant

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Transparence démocratie
Invité



MessageSujet: Un fondateur de « Jeune Nation » parmi nous: Rock Tousignant   Sam 19 Aoû 2017 - 16:17

Pour la Reconquête de notre peuple

Le Harfang

Magazine de la Fédération des québécois de souche

Vol 4, no 6, août/septembre 2016


Un fondateur de « Jeune Nation » parmi nous: Rock Tousignant P.19-20



Un fondateur de Jeune Nation parmi nous: Rock Tousignant

Depuis quelques mois, nous avons la chance de compter parmi nos collaborateurs Rock Tousignant qui, bien avant de contribuer au Harfang fonda sa propre publication, la « Lettre de Jeune Nation », qui deviendrait éventuellement les « Cahiers de Jeune Nation ». Question de donner son point de vue sur ce groupe qu’il cofonda, M. Tousignant a accepté de répondre à quelques questions portant sur son parcours dans ce groupe que trop peu de nos contemporains connaissent aujourd’hui.

Harfang- Il existe aujourd’hui très peu de sources parlant de l’aventure de Jeune Nation. Si l’extrême gauche en donne une version biaisée, sur laquelle l’article de Wikipédia se base, il n’y a pas de source autre que les Cahiers du Cercle Jeune Nation, que l’on peut maintenant trouver qu’à la Bibliothèque nationale du Québec. Pourriez-vous nous dresser un portrait de ce qui fut une des principales organisations nationales de l’après-Révolution tranquille ?

Rock Tousignant- Il est vrai que le groupe n’a guère intéressé les historiens et les politicologues. Je connais un texte peut être superficiel d’Yvan Carel, « Un mouvement de droite nationale contemporain : Jeune Nation », Bulletin d’histoire politique (Association québécoise d’histoire politique-AQHP). Vol11, numéro 1, 2002, p.115-126. Réalisé à partir de nos publications, mais sans entrevues ou rencontres avec les animateurs. Il faut aussi signaler, de Xavier Gélinas une conférence donnée à l’Université d’Ottawa. Ce texte porte sur le conservatisme intellectuel au début de ce siècle au Québec à travers une analyse de La Lettre conservatrice et de la revue Égards : « D’une droite à l’autre. Le conservatisme intellectuel canadien-français des années 1960 et 2000 ». Études canadienne/ Canadian Studies, no 66(juin 2009), p.63-75. Aussi en ligne sur le site « Les Classiques des sciences sociales » au http:tinyurl.com/hgnu6yx. X. Gélinas parle du nationalisme canadien-français. Nationalisme est le terme utilisé par Xavier Gélinas. Nous pensons qu’il s’agit d’une erreur de perspective étonnante pour un historien par ailleurs fin et familier des Droites européennes et de la Droite intellectuelle québécoise (il faut lire son ouvrage La Droite intellectuelle québécoise et la Révolution tranquille, aux Presse de l’Université Laval, pour comprendre l’origine des problèmes de la Droite intellectuelle au Québec). La revue Égards et ses animateurs ont durement polémiqué avec Pierre Trépanier en tenant des positions conservatrices (?) nettement inspirées du néo-conservatisme américain et d’un « likoudisme » très éloigné de nos traditions nationales. Jean Renaud, le rédacteur en chef d’Égards, est d’ailleurs fier de s’être éloigné de la référence groulxiste. Groulx n’est presque jamais cité dans les pages de sa revue.

L’une des principales, peut-être pas, mais certainement l’une des plus prometteuses et des plus intéressantes en termes de recrutement, nous avions, pour reprendre une expression venue du monde de la publicité, la quantité et la qualité, plumes, culture politique et connaissances sur les Droites d’ici et d’ailleurs. Au milieu d’organisations souvent disparues sans laisser de traces, le travail du Cercle Jeune Nation est assez remarquable. Dix années de la Lettre de Jeune Nation, une année des Cahiers de Jeune Nation, la Lettre de Jeune Nation servant de socle au Cahiers. Des conférences d’un excellent niveau (le conservatisme intellectuel américain, par l’auteur de ces lignes, le traditionalisme par Pierre Trépanier, brochures aujourd’hui épuisées). La lecture rétrospective de La Lettre de Jeune Nation, le bulletin mensuel du groupe, puis des Cahiers de Jeune Nation, n’a rien pour déshonorer les animateurs du Cercle Jeune Nation. Nous avons prêché dans le désert et nous avons eu raison avant notre heure. Le Cercle Jeune Nation souhaitait l’éclosion d’une Droite intellectuelle au Québec, j’écris intellectuelle.

J’étais peut être le plus rêveur du groupe, jeunesse quand tu nous tiens; j’avais été aussi un lecteur de Vu de droite d’Alain de Benoist et des revues Éléments et Nouvelle École. Je croyais sincèrement à une action culturelle préalable à l’action politique dans l’esprit d’une gramscisme de droite. Gramsci, en bon marxiste, n’a jamais séparé l’un de l’autre, c’est le Parti qui devait exploiter le travail culturel des intellectuels. J’étais aussi lecteurs des Cahiers Européens de l’historien-militant François Duprat. C’est lui qui fut à l’origine de l’adoption du programme anti-immigration par le FN et de la percée de ce dernier, en plus d’être responsable de sa commission électorale. Certains l’on qualifié de numéro deux du Front National au cours des premières années de vie de cette formation politique. Ce que je voyais comme démarche possible était la suivante : regrouper le noyau convaincu de droitistes québécois pouvant exister à l’époque, montrer ce qui nous rapprochait et minimiser (ce qui ne veut pas dire gommer) nos différences, en somme s’en tenir à un mot d’ordre simple : « Pas d’ennemis à droite ». Nous avions à l’époque l’exemple du conservatisme de Ronald Reagan et du Front National « canal historique », qui nous montraient l’efficacité de cette stratégie axée sur le travail en commun précédé par une entente intellectuelle sur quelques thèmes de base et quelques idées porteuses faciles à présenter à la population.

L’exemple américain, qui avait l’avantage de la proximité géographique et culturelle, nous montrait la possibilité libertarianisme et tradition, ce qu’avaient réussi les reaganiens. L’étape suivante était la construction d’un mouvement politique- un mouvement, non pas un parti, un parti étant déjà soumis aux règles contraignantes du Directeur général des élections, accréditations, financement, nombre minimal de candidatures aux élections générales, etc-, qui alors aurait eu comme base de manœuvre les abonnées et lecteurs de la revue. J’ouvre ici une parenthèse. Les années 60 et 70 avaient vu la mort lente de l’Union Nationale et la percée des Créditistes. Des députés, des organisations, des milliers de suffrages recueillis, le lancement du Ralliement National (en 1966) et du Parti National Populaire autour de Jérôme Choquette et Fabien Roy à l’Élection générale de 1976. Des députés des cadres et des militants, des suffrages, de tout cela, il ne restait rien quelques mois plus tard. Le tout disparaissait comme neige au soleil et il fallait recommencer à chaque génération. Les Droites françaises et américaine avaient connu des situations similaires. La Droite Française avait vécu des crises autrement sérieuses (L’Épuration, la Guerre d’Algérie et la répression suite à l’aventure de l’O.A.S.) sans disparaître pour autant. Elle disposait d’une presse (Rivarol, Écrits de Paris, Itinéraires; pour les maurassiens Aspects de la France et La Nation Française; le Spectacle du monde, Défense de l’Occident, Europe-Action, etc.) qui pouvait servir de filet de sécurité en gardant informés les militants et sympathisants sans la contrainte des échéances électorales et en analysant et commentant l’actualité dans une perspective nationaliste. Pour les conservateurs américains, après la candidature de Barry Goldwater sous l’étiquette républicaine, sa cuisante défaite contre L.B. Johnson en 1964, la National Review de William Buckley et Human Events pouvaient servir de base de repli en attendant des jours meilleurs.

Nous n’avions pas l’intention de devenir un parti politique. Une presse agissant comme filet de sécurité en maintenant cadres et militants en contact les uns avec les autres, et en contact aussi avec une actualité commenté et analysée. Je croyais que la presse modeste de Jeune Nation pouvait et devait tendre à ce rôle. Nous sommes loin du parti politique, mais nous sommes toujours dans « le » politique. Un espoir, c’est que tout ne soit pas à rebâtir à chaque génération. Nous pensions alors à l’instar du Front National au développement d’une Droite nationale, sociale et populaire, chacun de ces éléments nous semblant essentiel à une Droite efficace et performante; nous ne pensions pas à une droite anationale appuyée sur les beaux quartiers (il y avait déjà le Parti libéral et les Libertariens commençaient à pointer leur museau).

Harfang- Quel genre de personnes assistait à vos conférences ?

Rock Tousignant- Des obscurs et des anonymes, des anticonformistes, des personnages pour le Louis Fréchette, d’originaux et détraqués nous pourrions dire simplement, des hommes et des femmes, une majorité d’hommes il convient de le noter, qui pensaient « hors de la boîte », avec comme difficulté inhérente le fait d’amener à travailler en commun, des arrivés à des Weltanschauung originales, mais tournant souvent autour d’une marotte, la déconfessionalisation des écoles à l’époque, la question de la monnaie du crédit et de la finance internationale, ce qui faisait inévitablement glisser les débats sur « le lobby qui n’existe pas » et la franc-maçonnerie, l’immigration chez les assistants plus jeunes qui suivaient eux aussi la percée du Front National. Donc pas de personnalités ou de notables, rien du vivier habituel de recrutement des groupes proches du système : professionnnels du droit, entrepreneurs des Chambres de commerces, élus locaux, conseillers municipaux, commissaires d’école, etc, pour le Centre ou la Droite. Cadres syndicaux et organisateurs communautaires et culturels pour la Gauche. Je n’ai souvenance que d’une personnalité un peu connue à l’époque, je vais taire son nom en espérant qu’elle soit restée fidèle à ses idées et qu’elle voudra bien s’engager un jour sur un programme intégralement de droite.

Harfang- Dans les années 1990, il semble y avoir eu de nombreuses publications de droite : Confidentiel, Lys Blanc, Cahiers de Jeune Nation, etc. Qu’est-ce qui explique de foisonnement, qu’on ne retrouve à aucun moment de l’histoire moderne ?

Rock Tousignant- Notons d’abord que Confidentiel, consacré aux coulisses de la politique nationale et internationale, fut lancé, animé et rédigé par Gilbert Gendron, membre et collaborateur régulier de la Lettre de Jeune Nation. Je pense que les succès électoraux de la droite ailleurs dans le monde (d’abord la Grande-Bretagne, puis la France, les États-Unis) faisaient relever la tête à certains. Les gens de droite étaient étonnamment au courant de ce qui se faisait, même à l’époque de l’imprimé et de la poste, c’est encore plus vrai avec internet. La fatigue du modèle de la Révolution tranquille peut aussi avoir joué un rôle, la volonté de déconfessionnaliser le système scolaire notamment : la crise de la famille et les ratés du système d’éducation sont perçus comme des symptômes d’un mal plus profond. La guerre d’Afghanistan et le boycott des Jeux Olympiques de Los Angeles en 1984 nous montraient un communisme plus agressif, ses séides locaux voulaient faire de Montréal une Zone Libre d’Armements Nucléaires (ZLAN), affaiblissant ainsi notre défense contre le communisme. Les ordinations d’Écône, en 1988, indiquaient une pugnacité nouvelle chez les « catholiques de Tradition ». C’est cet esprit des années 80 qui nous inspirait. Nous avions inscrit dans l’ours de La Lettre de Jeune Nation : « Ne rien faire, c’est laisser faire ».

Harfang- Après plus de vingt ans, quel bilan faites-vous de l’aventure de Jeune Nation ?

Rock Tousignant- Le bilan me rend fier, je l’ai dit plus haut, rien pour rougir, et des apprentissages militants intéressants (l’écriture d’articles, la réalisation d’une maquette à chaque mois avec La Lettre de Jeune Nation, l’organisation de conférences). Je suis prêt à rempiler malgré l’âge, on ne vieillit que lorsque l’on déserte son idéal, comme le disait Douglas Mac Arthur. La découverte d’amis modestes et loyaux en la personne de François Dumas et Pierre Trépanier (capable d’être critiques sans démolir). Je retiens de toute l’aventure « que point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer », pour reprendre les paroles de Guillaume d’Orange. « Là où existe une volonté, là existe un chemin ». Nous avons souhaité être cette volonté.

Vingt ans plus tard, je n’ai pas changé d’idée, seuls les fous n’en change pas, dit-on ! J’ai continué, encore plus modestement et encore sous le radar, avec La Lettre conservatrice, une lettre exclusivement électronique réalisée avec François Dumas et Pierre Trépanier- que du texte dans ce cas, commentaires d’actualité et compte-rendus de lectures, pas de mise en page et pas d’impression. Une des clientèles visées : les sympathisants conservateurs, pour des résultats encore plus désespérants qu’avec Jeune Nation. Les conservateurs québécois ont vendu leur âme aux libertariens. Le confort politique dans le nanisme intellectuel.

Je regrette que le mélange politique-religion au Québec soit toujours aussi instable et explosif, et que nous ne puissions demeurer sur le seul terrain politique. Il ne s’agit pas d’écarter les « religieux » mais il fait qu’il fasse preuve de réalisme. L’Église catholique au Québec n’est pas avec eux, la preuve c’est qu’ils doivent se réfugier dans des communautés mal vues, pour le moins, de la hiérarchie romaine. L’opinion catholique, si tant est qu’une telle chose existe encore au Québec en 2016, a montré sa faiblesse dans le débat sur « l’aide médicale à mourir ». Les évêques et les cardinaux se prononcent, mais on constate bien qu’ils n’y a pas de fidèles avec eux. Il faut non seulement choisir ses combats, mais aussi avec quelles armées on les mène. Pour paraphraser un homme politique français des années 30, je dirais que, dans les initiatives politiques, il faut se donner comme règle : « À la religion, sa place, mais rien que sa place. À la politique, sa place, mais toute sa place ».
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Couillon anonyme

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MessageSujet: Re: Un fondateur de « Jeune Nation » parmi nous: Rock Tousignant   Sam 19 Aoû 2017 - 23:20

Êtes-vous Rock Tousignant ? Sinon, quel est votre intérêt à retranscrire des articles à son sujet ici ?

-- Le couillon anonyme
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